Après presque 50 ans en milieu Sénoufo, nous sommes heureux de pouvoir partager avec vous quelques réflexions et approches du Monde Sénoufo.
Qui sont les Sénoufo ?
Puisque c'est le logeur qui coupe la première tartine avant que l'étranger n’y mette sa main
C'est à l'homme Sénoufo lui-même que je voudrais demander :
Qui es-tu ?
Zwaconyo Soro, prestigieux chef du Royaume Sénoufo de Korogho (1840-1844) voulant obtenir les faveurs de Samory lui disait:
Je ne suis pas un guerrier, mais un cultivateur.
Je ne veux pas la guerre ; je me confie à vous
Son combat sera de s'adonner entièrement à ce qu'il considère sa raison d'être: la paix et le labour de la terre
Je ne me dispute avec personne
c’est avec la terre que je me disputeLa vie sociale des Sénoufo
Le village
Le village se présente comme un ensemble de familles réparties en concessions et en exploitations, occupant un même terroir.
Sur le plan social l'unité villageoise est fondée sur les multiples relations tissées entre les familles depuis plusieurs générations: relations matrimoniales et de cohabitation, associations de travail, groupes religieux …
La concession désignée en Sénoufo par le nom pyɛnge constitue la résidence d'une famille élargie.
On accède à chaque concession en traversant un vestibule.
Le travail agricole en pays Sénoufo
La principale activité de l’homme Sénoufo est l'agriculture. Toute sa vie est rythmée par deux saisons : la saison des pluies et la saison sèche.
Le système agricole est fondé sur :
- le gros mil ou sorgho (kàlaga en langue senoufo)
- le maïs (dufugo)
- le petit mil ou mil pénicillaire (shoo)
- l’arachide (fwuungee)
- le coton (Koono) comme culture de rapport.
Le riz est cultivé surtout dans des plaines inondées, dans des bas-fonds et aux bords des marigots.
Dans certaines régions sont cultivés le fonio, les haricots, et l’igname
CHANT DE CULTURE
REFUSER LA TRAHISON ET NE PARLER QUE DE DABA
Ils ont refusé la trahison
Et ne parlent que de daba
Les gens ont refusé la trahison
Et ne parlent que de daba
Allons-y crier sur le petit Zié
Saluons notre père Zankani en promenade
Le petit Zié de Zikani, voilà ton salut
Ce sont les enfants des hommes de mon unique parole
Fils de deux Bangali, voilà ton salut
Zié des hommes, grand coupeur de terre
Que Dieu transmette mon salut au héros
Sac de piment des jeunes
Hutte au bord de la route des cimetières pour mes jeunes,
répond à mon salut
Les êtres ont peur de la hutte dans ce monde
Elle reste vide encore
Eau de vieille tombe pour les jeunes
Que Dieu transmette mon salut au héros
Lorsque tu bois toute l’eau d’une vieille tombe
Tu as bu l’eau d’un parent ainsi
Griottes, c’est le jeune lion que vous voyez
C’est Mpè des hommes de mon unique parole, griottes
Cloche d’hyène pour les jeunes
Que Dieu transmette mon salut au héros
Saluez-le et que Dieu fasse arriver mon salut au héros
Chien méchant sans rival parmi les hommes
Voilà ton salut
Zié des hommes, grand lion d’origine finie
Que Dieu transmette mon salut au héros
Enfant des hommes de mon unique parole.
Le rôle de la femme Sénoufo
La femme Sénoufo tient une place très importante dans la société Sénoufo. 
Son rôle premier est de donner la vie et de la préserver
La femme n’est pas d’abord épouse, elle est avant tout mère. Son honneur est la fécondité. Le Sénoufo, sans doute, exigera pour sa femme : qu’elle ait un bon caractère, qu’elle soit accueillante avec les étrangers, bonne cuisinière, courageuse, discrète. Mais la fécondité reste la qualité première, au point qu’en cas de stérilité, le mariage risque souvent de casser.
Pour une femme sénoufo, la vraie beauté sera d’avoir de nombreux enfants. D’ailleurs quand une femme dit que Dieu « l’a dépourvue de beauté », elle veut montrer que Dieu ne lui a pas accordé d’enfants :
Je voulais la beauté (=avoir des enfants)
Et Dieu a refusé.
Je voulais des enfants
Et Dieu a refusé
La poterie chez les Senoufo

Bien que le peuple sénoufo soit essentiellement composé de vaillants agriculteurs, on y rencontre une classe sociale dont l’activité primordiale n’est pas l’agriculture. Il s’agit des forgerons, artisans renommés, travaillant la pierre,le fer et le bois pour fabriquer des objets utilitaires tels que des outils agricoles, des armes pour la chasse, des ustensiles de cuisine et des objets cultuels. Ces travaux qui demandent beaucoup d’efforts physiques sont réservés aux hommes. Les femmes, aussi entreprenantes que les hommes, s’adonnent à la confection des pots et des vans.
La poterie en milieu sénoufo, est donc faite par les femmes issues du clan des forgerons.
Certaines non issues de ce clan mais mariées aux forgerons peuvent également être initier à la fabrication des pots. L’initiation au métier se fait sans sacrifice. Une femme issue du clan des forgerons qui se marie à un homme d’un autre clan, peut continuer à faire la poterie mais elle ne doit pas apprendre ce métier à une autre femme qui n’est pas de son clan.
Musique et Instruments
La musique, en marquant le rythme des mouvements collectifs, constitue le support indispensable à tous les évènements solennels de la vie sociale et religieuse.
Elle est parfois inspirée de joie, lors des manifestations festives, et de douleur lors des funérailles. Une musique pleine de textes poétiques, transmise depuis des générations.
Instruments de musique
Les tambours en plus d'accompagner parfois le balafon, sont aussi joués seuls lorsqu'ils ont pour mission d'annoncer ou d'animer les funérailles de certains chefs coutumiers.
Maîtres des instruments à percussion, les sénoufo font résonner ces instruments en solo ou en collectivité en fonctions des cérémonies auxquelles ils interviennent. Parmi les éléments typiques, on peut citer: la harpe luth (n'goni), la clochette à percuteur externe, le hochet en calebasse à percuteurs interne ou externe, la flûte, etc.….
Les groupes sociaux initiatiques Sénoufo
Les bouffons, les forgerons, les chasseurs, les devins et les tenants de la Religion Traditionnelle sont des personnages clé de la Société Sénoufo Les bouffons (Mpwuubii)
Maniant avec un art peu commun le rire, la parole et la danse, habillés en haillons et coiffés d’un chapeau conique tressé en paille ils sont dans la Société Sénoufo la joie des petits et des grands et source d’apaisement dans les conflits.
Je me suis paré de mes plus beaux vêtements : les haillons de bouffonEt vous avez ri de mon cœur
Je suis parti et voila que les querelles et disputes ont commencé
Laissez les discussions, tournez le dos à la mésentente.
Le bouffon est convaincu que le rire est un chemin de sagesse qui vient de Dieu
Riez ! soyez dans la joie
Je me suis habillé de la parure de Dieu : mes haillons
L’enfant Sénoufo
L’honneur et la richesse de la famille Sénoufo, ce sont les enfants.
Chez les sénoufo la famille est comparée à la construction d’une maison
Faites tenir debout la famille par les personnes
Faites tenir debout la famille par les enfants
(Prière d’ un texte sacrificiel » La Célébration du Kacire. P.Emilio Escudero.)
Belle et suggestive image qui nous fait comprendre à quel point les enfants constituent les fondations d'une famille, son bien le plus précieux. Ils la construisent et la font tenir debout
Comme une maison sans fondations s’écroule, ainsi en est-il d’une famille sans enfants
« Oui, c’est la fécondité qui fait se tenir debout dans le village »
Conception Sénoufo de Dieu
Le Sénoufo ne posséde pas des «sommes théologiques»; ses idées relatives à Dieu surgissent au tournant de sa vie de tous les jours et c’est là qu’il conviendra de les saisir, si l’on désire connaître sa conception de Dieu en la matière.
Ce que le Sénoufo sait de Dieu s’exprime par des courts énoncés, des souhaits, des noms, des proverbes et des chants.
Toutes ces choses sont faciles à garder en mémoire et à transmettre.
Dieu n’est pas un étranger pour le Sénoufo, et les athés dans la societé traditionnelle se comptent sur les doigts de la main.
Chez les Sénoufo de la Région Sud de Sikasso le mot Kile est le terme utilisé pour nommer l’Etre Supreme.
Nous allons chercher au niveau du langage à relever quelques expressions de la vie courante qui ne constituent pas de reponses à des questions, mais des propos émis spontanement.
Nous presenterons aussi quelques noms théophores et quelques souhaits, le tout pour bien montrer que Dieu est la source ultime de toute vie et que toute l'existence du paysan Sénoufo est en réference à Dieu
D'où viennent les Sénoufo?
Le peuple Sénoufo constitue l'un des groupes les plus importants de la zone de la Haute Côte d'Ivoire et du Mali. Il occupe des vastes régions allant des rives du Bani au nord jusqu'au 8° parallèle au Sud.
Actuellement on considère le chiffre de 2 500 000 Sénoufo, ce qui représente déjà l'un des groupes les plus importants de l'Afrique de l'ouest.
Dans ce peuple nous pouvons distinguer trois grands groupes :
- Les Sénoufo appelés: Minyanka dans les cercles de Koutiala et San au Mali. et ceux appelés Nanérége et le nord de la province du Kénédougou au Burkina Faso
- Les Sénoufo des cercles de Sikasso au Mali, du sud de la Province du Kénédougou au Burkina Faso, et de la Préfecture de Tingrela en Côte d'Ivoire
- Les Sénoufo ou Siena Mana de la Haute Côte d'Ivoire
Les Sénoufo de Koutiala, San, Sikasso prétendent que leurs ancêtres ont toujours habité les rives du Bani et du Banifin. Ils ont dû lutter à la fois contre les attaques des rois de Sikasso: Tièba TRAORE et Babemba TRAORE.
Les Sénoufo de Banfora et de Haute Côte d'Ivoire n'ont pas gardé un souvenir précis de leur origine. Ils auraient été refoulés du Nord vers Banfora où quelques-uns demeurent, puis de là, sur la rive droite de la Lereba et de la Comoé, d'où ils auraient été chassés par des Mandingue venant de Djéné.
Ces conquérants auraient repoussé les Sénoufo vers l'Ouest du Bandama et la Bagoé.
Les lieux touristiques de Sikasso
Nous vous informons qu'il existe des lieux touristiques à l'intérieur et aux alentours de la ville de Sikasso.
Pour les visiter vous pouvez vous adresser au Centre de Recherche pour la Sauvegarde et la Promotion de la Culture Senoufo (CRSPCS) - Téléphone : 00223 21 62 18 16 - Cel. : 00223 65 70 26 16 / 00223 76 22 33 85
Intérieur de Sikasso : Le Mamelon, le Tata, la tombre de Tiéba roi du Kénédougou, la fosse commune
Alentours de la ville de Sikasso : Pissasso perché dans les montagnes à 60 km de Sikasso, Sourougoudiguen (le trou des hyiènes) à 80 km de Sikasso, les chutes de Kinasso à 80 km de Sikasso, la grotte de Missirikoro à 18 km de Sikasso, les chutes de Farako à 35 km de Sikasso, les chutes de Woroni à 80 km de Sikasso
Le Monde Senoufo